Journal de bord de ma retraite Vipassana Partie 1

 

Jour 1 : Le premier réveil ne fut pas si difficile que je le pensais, je ressentais à la fois de l’excitation et de la peur. J’ai les mêmes ressentis lors des rentrées scolaires. On ne sait pas trop comment ça va se passer et on sait que ce moment désagréable ne va durer que quelques jours.

Pour ce premier jour en silence mes pensées fusent, j’ai du mal à calmer le flot de pensées, des sentiments de joie et de tristesse apparaissent sans trop savoir d’où ça vient.

Une question me turlupine depuis que je suis là :

Si Vipassana, la recherche de la pleine conscience par la méditation est le cheminement vers la libération des souffrances alors méditer devient un traitement. Le traitement anti dépresseur que je prends peut-il se substituer alors ? Est-ce que ce n’est pas le bon moment pour cesser mon traitement ?

La deuxième partie de méditation en matinée qui est de 10h à 13h était plutôt réussi. J’avais l’esprit relaxé et détendu. Je remarque que malgré tous les efforts que je donne pour rester concentrer sur un objet d’attention (on travaillait sur le soulèvement et l’abaissement du diaphragme) , je suis tout de même distraite à certains moments. Il y a tout ce monde autour de moi que je ne connais pas puis c’est difficile de rester tête baissée. J’ai envie de regarder les autres, de croiser des regards, je suis comme attirée par le mécanisme de sociabilisation qui normalement se met en place dès que l’on appartient à un groupe. Cela me contrarie, pour une fois que je ne suis pas dans l’intention de me faire des amis !

Le reste de la journée a été tendue, c’était de plus en plus compliqué pour rester concentrer sans me dissiper. Je commençais à fatiguer, mes pensées m’emmenaient, et le doute s’installa : qu’est-ce que je fais là ? Je suis en train de perdre mon temps ? J’étais en colère car je n’arrivais pas à faire l’exercice correctement, à d’autres moments j’étais prise de joie car vipassana est un bon défi et j’aime les défis.

Des images apparaissent, ça me surprend parce que ça apparait comme des flashs. Je ne sais pas d’où ça vient et les visions me rendent soucieuse car je me suis vu moi, enfant épanouie près de ma maman pleine de joie et de rire. On respirait l’amour ! Cela me renvoyait directement à moi l’adulte mais qui doit se souvenir de son enfance… Je suis persuadée que c’est pour me faire réfléchir, en fait peut être que je suis là pour retrouver la personne égarée depuis son enfance. Qui un jour s’est effacée pour devenir quelqu’un qu’elle n’est pas… Cette vision me rappela à quel point je pouvais être épanouie en étant simplement moi, déshabillée de toute façade.

Du coup, je passe en un quart de seconde du rire aux larmes. Après je vois Louise rayonnante et mon mari malheureusement abattu par la fatigue, le stress, et en mode « je subis la vie plus que je profite ».

Quand je vais rentrer la première chose que je vais dire à mon mari c’est qu’il faut faire absolument une retraite méditative comme moi, ça pourrait lui être tellement bénéfique.

J’ai été voir l’enseignant en fin de journée, mon instructeur respire la bienveillance et l’amour, il m’impressionne un peu. Il m’a dit : « Non, si tu as un traitement anti dépresseur c’est parce que tu en as besoin, l’arrêter est trop précoce, il t’aide à pallier à ton problème de santé, il te sert de béquille appuis toi dessus jusqu’à temps que tu sentes une robuste force intérieure. On n’enlève pas les béquilles avant d’avoir une bonne rééducation !

 

Par rapport à tes émotions c’est tout à fait normal d’en avoir beaucoup et que ça partent dans tous les sens, tous les gens ici me posent cette question alors tu vois tu n’es pas la seule. Pour l’instant laisse défiler et observe, laisse les passer sans t’y attacher. »

On a fait une marche méditative dans les bois, c’était sympa par contre. La méditation en pleine conscience je sais ce que ça signifie mais je ne comprends pas encore comment y parvenir.

Les pensées surgissent de pas en pas, j’avais plutôt l’habitude de sortir prendre l’air pour me changer les idées et non pas pour bannir les pensées et les idées ! Tout est le contraire du formatage auquel j’ai été habituée jusqu’à maintenant.

Ma grande révélation de la journée, j’aime les arbres ! Ça fait une éternité que je n’avais pas touché à un arbre (et oui c’est si simple) en fait c’est incroyable j’avais l’impression de le voir respirer, car il était plus chaud que l’air, l’arbre est immobile mais tellement vivant ! Au toucher, je m’identifiais à lui : tous deux nous étions là, à contempler l’instant présent, moi mobile qui aimerait être pourtant enraciné dans la vie de tous les jours et l’arbre qui rêverait d’être comme l’être humain, bouger, et déployer son énergie.

Jour 2 : Le réveil a encore été plus facile que le premier, je suis prête à remettre cela, c’est bon signe ! Le calme est bien présent, juste un tout petit peu de pensées. Ma présence est bien ici et maintenant. Ce qui me pose le plus problème aujourd’hui c’est la position assisse, j’ai mal partout. Au début c’était gérable mais vers la fin de la matinée c’était intenable, je rêvais d’aller piquer un 200m ! Du coup, cela m’a même empêché de bien méditer, le mental a pris le dessus car il se concentrait sur deux choses, les douleurs et les  lamentations. Je me suis senti coupable de ne penser qu’à ça. Surtout que l’objet de l’attention était « Je ne suis pas le corps, je ne suis pas le mental » Juste avant déjeuner j’ai déroulé mon tapis de yoga, je ne pouvais pas rester comme ça, j’accumulais des tensions dans le bassin et les hanches, j’étais comme prisonnière. Cette barrière entre les membres supérieurs et inférieurs empêchait de laisser passer les émotions, sentiments, et énergies. Je pleurais à chaudes larmes je comptais tellement sur cette retraite pour me sortir de l’impasse dans laquelle je suis…

L’après-midi on a fait un body scan. On passait par les sept points correspondant aux 7 chakras mais gros problème arrivé au chakra cœur ça bloque. C’est dur à accepter : « Je suis incapable de passer par le point cœur car mon cœur n’est pas en éveil ? »  Il a fallu que je me concentre deux fois plus pour passer cette zone nouée.  Je ne sais pas à quoi c’est dû en tout cas je ne peux pas laisser mon impression au hasard.

Est-ce que cela aurait un rapport avec les sentiments ? Aimer ? OK mais recevoir. N’aurais-je pas mis une carapace aux parois de mon cœur ? Si l’énergie ne circule pas à cet endroit-là ce n’est pas par hasard. Je ne m’aime pas de toute façon donc c’est évident que le malaise se créé à cet endroit précis. Sauf que si je ne m’aime pas je ne peux pas aimer les autres ? Et oui… C’est dur à accepter mais il va falloir car c’est la pure réalité. J’aime ma famille mais peut être que si je m’aimais un peu plus je pourrais donner encore plus… Ainsi, je ne connais peut être pas assez la puissance que peut avoir l’amour…

En fin de journée je ne supporte plus la position assisse, c’est hyper désagréable, les étirements de l’extérieur des cuisses sont insoutenables. Ça m’irradie tout le corps. Pendant la marche méditative j’ai beaucoup pleuré, j’ai retrouvé un arbre et j’ai déversé ma tristesse sur lui, et je lui aie demandé de me donner un peu de son énergie pour avoir la force de terminer cette balade. Il était prêt à recevoir.  C’est dingue je lui aie dit pardon d’avoir déversée des larmes sur lui, même avec les arbres je suis « dans le souci permanent de l’autre »…

J’aimerais être comme lui, figée dans l’instant présent, c’est plaisant de ne penser à rien… juste d’ici et maintenant….

Ma fille me manque, je cherche son regard, il me fuit…

L’instructeur m’a dit que mon cœur n’est pas dépourvu d’amour simplement je donne de l’amour sans m’en rendre compte. Il m’a demandé d’essayer de lui apporter de cœur à cœur de l’amour (on appelle ça metta méditation) et il en a reçu me dit-il,  j’en aie même eu des frissons. Selon lui, si je vois  ma petite fille dans les méditations c’est parce que l’instinct maternel est bien là même au loin.  Il a rajouté que je devais tout lui dire sur moi. Elle va essayer de chercher à comprendre pourquoi je suis comme ça et si je ne lui dis rien, elle va réfléchir deux fois plus et elle sait que je lui cache quelque chose parce qu’elle le ressent. Si je ne lui dis pas quand je ne vais pas bien, je vais semer le doute sur moi mais également sur elle. Ce n’est pas bon du tout. Maintenant je me jure de tout lui dire car je ne veux pas qu’elle doute d’elle comme j’ai pu douter (et encore toujours) de moi.

Ainsi Metta est donner de l’amour autour de soi, d’envoyer de bonnes ondes direct de cœur à cœur sans passer par la pensée ni par le mental. Mais tout simplement de cœur à cœur… Je me promets de le faire aussi régulièrement.

Jour 3 :

Message de gratitude envers tout ce qui m’entoure : la nature, les personnes qui m’entourent, à mes parents, mon mari, ma fille…

Maman, j’ai retrouvé ton carnet bleu (journal qu’elle a tenu quelques jours avant que je naisse), je ne savais où je l’avais mis. C’est en cherchant un truc pour Louise que j’ai trouvé… C’était juste avant mon départ pour la retraite vipassana, ce n’est pas un hasard si je le retrouve aujourd’hui… Il m’encourage peut être à renaître une seconde fois….

Depuis quelques mois, un lien puissant nous a réunies, les galères nous ont malheureusement appris  que seul l’amour est essentiel. Aujourd’hui, je me retrouve, mais à l’état d’enfant… Comme si je m’étais égarée depuis tout ce temps… Est-ce que la boucle va se fermer définitivement ?

Je te revois épanouie, comme quand j’étais petite, sans marque de tristesse… maintenant aguerrie de tout cela…

Pendant une méditation, je me suis vue avec toi ! C’est la première fois qu’un souvenir d’aussi loin me revient ! Cela m’a mis dans des états d’émotions intenses mais c’était de bonnes émotions !

La vie a repris son cours et nous allons avancer ensemble plus forte que jamais… Notre chemin ne pourra plus être semé d’embuche car il est maintenant sain et construit sur des bases solides. J’ai une chance incroyable de t’avoir comme Maman, tu es présente et tu m’apportes du réconfort et beaucoup d’amour.

Je t’apporte de cœur à cœur, de la chaleur remplit de gratitude et de compassion. Je ne souffrirai plus jamais autant de solitude, car maintenant tu lis en moi comme dans un livre. Tu as su te mettre à ma place et comprendre mes difficultés à me sortir de cette panade.

Aujourd’hui c’est le 3 ème jour, je me sens bien car je découvre ou plutôt redécouvre progressivement ses émotions qui étaient depuis longtemps latente.

J’aime pratiquer la méditation, elle ouvre un océan de paix. J’ai encore des difficultés avec l’assisse mais l’instructeur m’a donné quelques pistes pour m’asseoir plus confortablement. Tant que je n’arrive pas à relâcher dans mon bassin, je ne serais pas tranquille. Ces tensions sont clairement liées aux émotions du moment. J’ai remarqué que quand mon esprit est plus relâché je souffre moins et inverse quand je me mets en colère parce que j’ai mal partout et bien la douleur s’intensifie.

On a encore pratiqué des scann corporels, je suis passée par différentes sensations, parfois j’avais des frissons, de la lumière, j’ai même entendu de la musique, elle berçait mes mouvements de conscience interne quand je passais d’une partie à l’autre du corps. Je suis loin d’être un être accompli mais je commence à comprendre ce que cela veut dire. Tout d’abord, il faudrait que j’apprenne à m’accepter tel que je suis. Il va falloir que j’aime même mes défauts ! Et accepter toutes ses imperfections. Cultiver l’amour autant que je peux, après le reste en découlera.

C’est difficile de passer de l’auto destruction à l’attention pour soi, avoir un esprit sain, « lumineux » c’est la clef du bonheur.

Après toutes ses petites péripéties j’étais perdue, c’était le vide complet, comme si j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps. J’ai un peu pris peur de ce vide alors j’en aie parlé à l’instructeur : « Juste Justine, Observe et prend les choses comme elles viennent, c’est le lâcher prise que tu vis là »

Ma première retraite méditative

J-1 avant le début de ma première retraite de Vipassana de 7 jours. Pendant ces 7 jours il n’y aura aucun contact avec l’extérieur ni même de paroles échangées avec les autres méditants…

Cette idée de me déconnecter me plait ! Par contre ce qui va être difficile c’est de ne pas avoir de nouvelles de mon mari et de ma fille… Je m’imagine déjà méditer et avoir des pensées pour eux… ce qui m’effraie c’est de ne pas pouvoir m’en détacher. De ne pas être pleinement présent à ce que je fais. Pourtant je ne peux pas faire mieux en matière de détachement, aucun contact, aucune observation, juste moi et ma conscience.

Je relis la préparation pour cette retraite et déjà je ne suis pas les recommandations, premier bémol il aurait fallu que je me couche au plus tard à 22h toute cette semaine. J’écris ces phrases et il est 1H du matin, tout va bien. Le réveil pendant la retraite s’effectue à 4H15, je vais être réveillée par 3 gong et extinction des lumières à 22h. Autant dire que les premières journées vont être difficiles. J’espère vite m’habituer. Après quand je lis le planning cela me plait. Je vais passer toute la journée à méditer, manger en pleine conscience 2h. 3h de méditation le matin et 3h de méditation l’après-midi (alternance entre assisse et marche). Sinon entre deux il y a un temps réservé, bien sûr à la douche puis 1H est consacré à un jogging ou au yoga (pour moi ça sera yoga!). Ensuite nous consacrons du temps à la lecture du manuel de méditation, ou bien à l’écriture d’un journal, et enfin 1h est dédiée à un discours sur le dhamma (l’enseignement du bouddha : comme étant la vérité).

Pour ceux qui ne connaissent pas Vipassana cela signifie voir les choses telles qu’elles sont réellement, c’est l’une des techniques de méditation les plus anciennes de l’Inde.

En fait, je pense qu’il va me falloir beaucoup travailler sur moi-même pour cette retraite vipassana, mais  il faut bien se lancer et j’ai toujours été attiré par la méditation. Elle m’apporte énormément. Vipassana est l’occasion d’approfondir et de me plonger dans l’océan de soi… Quand j’ai pris connaissance des documents envoyés j’ai bien compris qu’il y avait une chose que je devais retenir avant tout du bouddha :

« Il ne faut rien saisir, ni s’attacher à quoi que ce soit » en d’autres termes s’il y a saisie et attachement aux choses, il y a derrière la souffrance (dukkha). Quand nous en venons à expérimenter et connaître cela, nous pouvons dire que nous connaissons tous les discours du bouddha, les 84 000 dhamma. Et avoir mis cela en pratique c’est avoir pratiqué la dhamma complètement dans toutes ses phases et tous ses aspects. La raison pour laquelle un yogi ne respecte pas les règles de conduite est qu’il saisit et s’accroche à toutes choses. S’il s’abstient de saisir et de s’attacher à quoi que ce soit, et met de côté le désir et la colère, il ne peut manquer les règles de conduite.

J’espère réussir à ne pas m’attacher, je ne sais pas si je vais en avoir la force, j’espère que j’ai choisi le bon moment pour faire cette retraite. Etant encore très fragile, je ne sais pas comment mon corps et mon esprit vont réagir à cette discipline. Je croise les doigts … J’aimerais que cela me ressource et m’aide à voir une issue à la maladie dont je suis atteinte : la dépression. J’aimerais qu’elle m’aide dans mon futur, que cela soit personnel ou professionnel car pour moi l’enjeu est important. Suis-je capable de lâcher prise ? De me reconnecter avec moi-même, de trouver un calme intérieur m’apportant la sérénité dont j’ai besoin pour avancer. En ce qui concerne mon futur professionnel, je souhaite apporter du bien être aux autres mais avant il est plus que souhaitable que je trouve un bien être intérieur avant de vouloir essayer quoi que ce soit sur les autres. En définitif apprendre à m’aimer tel que je suis sans artifice, sans secret, sans regret… Si j’apprends à m’apprivoiser alors je pourrais envisager de faire ce qui me passionne le plus le yoga et prodiguer des massages de bien être basés sur la médecine traditionnelle indienne.